mardi, décembre 12, 2006

L'OEIL DE MOSCOU




D'abord, revenir sur le concept de "moul".
Au Maroc, y'a un tas de "moul", pour la simple raison que "moul" signifie "le propiétaire, celui à qui appartient..."
Sur cette base les constructions les plus improbables sont désormais possibles. Ainsi on trouvera en vrac : le moulpissrie (le propriétaire de l'épicerie, l'épicier quoi) le moulfrançais (le prof de français), le moul4x4 ou le moul-BM, le moulchkara (littéralement "celui à qui appartient la valise", qu'on imagine évidemment rempli de liasses de dirhams marocains) entendez le gros bourge, le mouljavel (dont la fonction est d'arpenter les rues de Casablanca, poussant devant lui une planche montée sur deux roues de bois sur laquelle reposent des dizaines de vieux bidons d'huile désormais remplis d'eau de javel) qui me réveille chaque matin de son cri vif et strident "jviiiil", et, celui qui aujourd'hui se trouve sous les projecteurs de notre théatre virtuel : le, the, mouldétail.

Le moul-détail contrairement au mouljavel, ne fait pas dans le commerce itinérant, non le mouldétail est sédentarisé, tant et si bien qu'on finit par le confondre avec le paysage. Comme son nom ne l'indique pas, le mouldétail fait lui dans le commerce de la clope au détail. Assis au coin d'une rue, il repose, immobile, ignorant tout des klaxons et autres pollutions sonores qui l'entourent. Assis le mouldétail observe. Il scrute à 180°, détecte, accroche, mémorise, les faits, les hommes, les rencontres, les rixes et autre entajinages. Il ne bouge pas, il emmagasine, stocke, archive. Car bientôt viendra le mokadem (voir post précédent), le responsable du quartier auprès du Caïd, et le mokadem adore les histoires. Ainsi dans ce système imparable de contrôle social, l'information arrive directement de la rue, pour remonter via le mokadem à la préfecture de quartier, qui la fera remonter à la préfecture d'arrondissement, et ainsi de suite jusqu'aux fichier centraux.

Ce qui nous rappelle à une brève tirée d'un Tel Quel du mois dernier :

Ignacio Cembrero, journaliste à El Pais, était à Casablanca cette semaine. Pendant deux jours, il a été suivi, comme son ombre, par deux policiers en civil bien peu discrets. Agacé, Cembrero a fini par appeler le consul d’Espagne, de son téléphone portable, lui demandant assistance pour porter plainte. Dix minutes plus tard (miracle !) les deux hommes avaient disparu. Ce qui permet trois déductions : un – le portable du journaliste était sur écoute ; deux – l’équipe d’écoute comprenait un traducteur hispanisant ; trois – ce rapport d’écoute-là a été instantanément transmis à un décideur (généralement, on en transmet une synthèse en fin de journée).

C'est pourquoi ici au Casablanca Asylum on en démordra pas : Orwell ne venait pas de la perfide Albion, non Orwell était berbère.

2 commentaires:

Imane a dit…

oufff, enfin du texte, kon comprend :))
dis moul-la3kel( celui ki a la sagesse), t'es pas sur mon quartier par hasard ?..:))
moul détail il fait pas que ça, moul détail, ne détaille pas que les clopes ou hta qua3 du shit..à part détailler, dévisager, les passants, et emmagasiner tous les détails de leur vie privée..et loin de promouvoir la clope, c un honorable citoyen ki se consacre à une noble cause, la lutte contre le tabagisme..et tous les marocains te le diront, il est pas rare, de voire, une voiture s'arrêter pour acheter une clope de chez moul détail (du vécu..mdrr), en plein sevrage, kan on voit sa volonté défaillir, c plus prudent de s'en fumer une, k d'acheter un tt un paquet, pour le siffler la journée même, et se voire replonger de nouveau dans la dépendance..:))
et puis; tu risques pas de revenir le voire :
1- t'as honte kan même, de constater que t'en est arrivélà.
2- ses clopes, ont un goût tellement zarb', tellement âcres, et puis c mêmes pas ta marque, que ça t'enlève tte envie de refumer.
(Témoignage, d'une ancienne fumeuse, ki avait tt essayé, les patchs, le yoga, les pastilles à la menthe..avant de trouver son salut chez moul détails...:))
et puis on ce ki concerne, la circulation de l'information, on est tous des mouls détails en puissance, kan tu sors regarde chaque passant,personne ne fait k passer, tout le monde flâne, dévisage, et enregistre..:))c le sport national, fait gaffe à toi moul-casablaca asylum, on t'as à l'oeil..MOUHAHAHAHAHAHAHHA

antiphon a dit…

hey happy to see you again Miss F.