samedi, avril 28, 2007

PSYCHOTROPES EN SOUS-SOL


"Qu'est-ce qui te prend mon sucre de canne
De te klaxonner la gueule sombrer sur les récifs
De ta mémoire et revoir ton passif
En respirant la colophane"

La Nostalgie Camarade, S. Gainsbourg


La brutalité du monde coule sur les trottoirs de Casablanca. Retour à ma cité carnivore, habitacle transitoire des noyés et des glorieux.
Les glorieux, les flamboyants, les succes-stories, pas pour ici, l'auteur de ces lignes dédaignant par trop de visiter la joie des riches, turbulences dans le vide. Bizarrement nous voilà une fois encore bien plus attiré par la marge, l'orphelin, le contristé, la ruine.
Aux grandes artères vitaminées de franchises type Zara on préfèrera le lacis des voies de l'ancienne médina, homothétie nord africaine des calli de Venise, à la consommation symbolique de marques, celle des psychotropes bricolés.
Dans le genre catalogue des drogues, les premières pages du Festin Nu restent, de mémoire, l'énoncé le plus détaillé de la pharmacologie des amateurs de fuites. Laissons Burroughs à son éternité chimique et recentrons nous sur l'objectif, Casablanca, les mômes, la rue, la came.
On s'approche. N'entends pas les voix? Ne vois tu pas les ombres?
Des enfants dans la nuit. Déchirés à un cocktail shit colle alcool, engoudronnés sur l'asphalt, tout juste bons à borborygmer des bribes de balbutiements narcotiques. Un groupe de cinq, mioches allongés là entrelaçés dans leur songes, bercés par les douceurs de la colle.


Le divin quatuor new yorkais : The Ramones, dans leur période, "Now I wanna snif some glue"


L'un des gosses, le nez encore collé dans un sac en plastique, se colore les poumons de colophane, deux yeux morts perçant l'abîme injecté de sang, il a quoi? Six ans?


La colle c'est cool, ça tient chaud et sa pose son homme. Rien a voir avec les "bola hamra", les pillules rouges, à Khourigba, Morocco, y'a un type qui s'en est collé une sur trois quatre verre d'alcool à 90° mélangé avec de l'eau, il a descendu la rue, couteau à la main, poignardé un couple et... égorgé un cheval ! Le truc qui te javelise le citron en pas de temps ! Mais ça tourne bien aussi. Big up aux filières algériennes, qui font un taf considérable, et aux revendeurs de quartiers populaires genre Sidi Moumen qui exposent leur came au grand jour dans les allées des bidonvilles.

Mais qu'est ce qu'ils ont pris au département photo du Casablancasylum? C'est pas du tout le sujet les enfants !


La bola hamra,également identifiable sous les appellations "karkoubi", "habba", "fanid" ou "ghabra" "Al-Aoud Labiad" (le cheval blanc), c'est du lourd, comprimé rouge lâché entre 5 et 25 DH. Le best seller, on vous l'a déjà dit c'est la « bola hamra » (rivotril). Viennent après l'Artane (aoud lebiad) un antiparkinsonien, l'Hypnosedon (ibn zaïdoun), le très français Lexomil et l'Ortenal. Ainsi qu'un nouveau venu dans le marché : « katila » (la cartouche de la mort), 10 DH pour un mélange de maâjoune et d'haldol, puissant anxiolytique.

Des coups à finir chez nous, emmaillotté en camisole... enfin on peut toujours se déculpabiliser en se rappelant au souvenir d'un autre grand interne, Artaud qui d'autre !?




(Entre 2500 et 3000 enfants vivent dans les rues de Casablanca. Un chiffre qui semble en deçà de la réalité et qu'il faudrait réviser à la hausse.)

4 commentaires:

Atlantis a dit…

C'est tout simplement effarant ! ! Ceci dit quand on voit la gueule d’Artaud avant et après l’H.P. ça donne pas trop envie de se droguer.

Poy Poy a dit…

tel que là, je trouve qu'atlantis ressemble à artaud JEUNE.

Antiphon a dit…

il appréciera

Atlantis a dit…

J'apprécie en effet. C'est un beau compliment.