Affichage des articles dont le libellé est maroc. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est maroc. Afficher tous les articles

mercredi, août 08, 2007

SOLUTIONS POUR UN MONDE PLUS JOYEUX


Constant dérangeant certes, le Maroc, comme beaucoup de pays du Sud, fait état d'un niveau sonore scandaleusement élevé. Klaxons hystériques, téléviseurs poussés au max, agités s'égosillant sur leur téléphones portables, ici un givré sous karkoubi descend la rue en hurlant aux balcons, là des ouvriers éparpillés sur les différents étages d'un immeuble en construction font résonner les invectives dans les volumes de bétons.
Le Casablancasylum, comme un bon élève dans une classe surchauffé, se redresse, lève le doigt, fremissant de satisfaction à l'idée d'apporter au problème sa modeste solution.
Le Silbo !
Et là public tu t'exclames, reprenant une expression en vogue "ach kat goul" ou pour les non-darijaphones : qu'est ce que tu racontes?
Le Silbo pour le comprendre faudrait pourtant pas voyager loin, pas plus loin que les îles Canaries, c'est là bas qu'on t'enseignera cette langue uniquement composée de sifflements et qui pourtant couvre près de 4000 mots.
Et maintenant imaginons la nouvelle Silbo-Casablanca. Plus un mot. Pas même une voyelle. Juste.... chut... juste un concert de sifflements.

Tu ne me crois pas! Tu nies une fois encore l'évidence bougre de bloggeur lecteur. Soit.
Et ça alors?



et comme tu as pu le découvrir, le Silbo existe aussi au Maroc? A toi de me dire où?

et si, comme Thomas tu ne crois plus qu'en l'image :

mardi, août 07, 2007

PROMENONS NOUS DANS LES BOIS...


Nouveau scandale à la censure, cris d'orfraie et piépements affolés sur les blogs du bled. On a une fois encore censuré Nichane et son équivalent français Tel Quel. La démocratie est bafouée, balafrée! Cri d'orfraie. Il faut dire "non", refuser, empoigner de nos deux mains les tridents mythologiques et harponner la pieuvre totalitaire, il faut combattre et résister encore, pousser toujours plus loin notre idéal démocratique..... soupir, la rédaction du Casablancasylum pique du nez, zzzzzzz, sommeil.
C'est qu'ici la démocratie, la théocratie, la patatocratie, on s'en balance un peu beaucoup à la folie.
Et donc, l'actu du jour, l'affaire Nichane, insignifiante scénette de notre moderne et humaine comédie, nous permet de rebondir sur une des neuf divines thématiques du Casablancasylum's Spirit : le Waldgäging.
Waldgänging de l'allemand waldgänger ou "celui qui s'en va dans le bois", le recours au forêt.

Ubumachine, pour waldaginguer dans les dunes


Et en parlant de chemin, sur celui qui nous amène du premier mot de ce post à celui ci, on a déjà perdu au moins quatre lecteurs. C'est le problème des expressions à consonances germanique, ça nique le lectorat ça.
On retrouve le mot chez Jünger dans le Traité du Rebelle. La position du Waldgänger est multiple et difficile à encadrer : il s’agit d’avoir la possibilité de sortir mais sans fuir, de se retirer du jeu tout en l’observant, de ne plus jouer, de ne plus y croire (tout en augmentant sa lucidité), de rester sur place mais en démissionnant intérieurement, de se replier. Toutes les gradations existent, de la prise de conscience de l’humour de sa situation à l’exil intérieur complet.
En France, au Maroc, partout sur notre planète mes très chers frères humains, il est (aujourd'hui encore plus qu'au Temps des Promenades d'un rêveur solitaires de Rousseau) impératif de savoir dialoguer avec la mousse et l'écorce.
Cessez de perdre votre temps à hurler au loup, préfèrez plutôt baillez aux corneilles.
Devant l'absurde, toujours tendre vers la périphérie, chercher l'oblique, botter en touche, se tailler vers la marge, toujours préférer la marge mes frères, borderline comme on dit outre-mer.

mardi, juillet 24, 2007

SPECTRE TANGEROIS

Il est l'heure de convoquer nos shamans, l'heure de faire mariner le peyolt sur le feu, au fond de la cour une vieille touille et retouille un mélange d'os pilés et de sang de chèvre, et le miracle, le monde des morts nous est une fois encore ouvert. Il est là, il revient de la nuit, notre dandy toxique, ici à Tanger :

jeudi, juillet 19, 2007

MODERN DAY CASABLANCA

Fatal destin du chauffeur de taxi rouge...


Casablanca, ville de tous les miracles...


Summertime...

mardi, juillet 17, 2007

lundi, juin 25, 2007

CULTE DE LA PARABOLE



O grand dieu des hyperfréquences nourris nous de ton flot quotidien, inonde nos rétines de reality shows et fais couler le silicone, le bruit et toute la fureur de notre humanité. O idole hertzienne, je dresse à ta grandeur ce totem parabolique, ultime appel à ta magnificence.

Au culte du cargo succède ainsi celui de la parabole, deuxième culte officiel sur cette terre marocaine. Et sur les toits de Casablanca, sur les façades de ses immeubles, les paraboles prolifèrent comme des tumeurs malignes, milles et une chambres d'une écume empoisonnée.

Nous au Casablancasylm, nos idoles, on les aime couleurs fluo ou rose bonbon, un peu comme les vierges multicolores qui sommeillent dans les chapelles mexicaines. Ainsi donc, toi aussi colore ton idole et apporte à la monotonie de notre paysage urbain, la fraicheur du culte décomplexé.

lundi, mai 28, 2007

PATAPHYSIQUE DE LA CENSURE



Nouveau coup de cisaille dans notre paysage web, alors qu'en Décembre dernier Time Magazine, titrait sur Youtube et consacrait au phénomène mondial du "broadcast yourself" une série d'articles dythirambiques et plein d'espoir, aujourd'hui lundi 28 Mai, notre opérateur nous coupe l'accès au site.
Youtube ennemi d'état? Nous ça nous ferait plutôt doucement sourire, mais quelque lecteur éclairé nous expliquera peut-être quelle menace peut bien recèler un tel site... sachant évidemment que le Dailymotion lui, fonctionne toujours sur mon écran....

samedi, avril 28, 2007

PSYCHOTROPES EN SOUS-SOL


"Qu'est-ce qui te prend mon sucre de canne
De te klaxonner la gueule sombrer sur les récifs
De ta mémoire et revoir ton passif
En respirant la colophane"

La Nostalgie Camarade, S. Gainsbourg


La brutalité du monde coule sur les trottoirs de Casablanca. Retour à ma cité carnivore, habitacle transitoire des noyés et des glorieux.
Les glorieux, les flamboyants, les succes-stories, pas pour ici, l'auteur de ces lignes dédaignant par trop de visiter la joie des riches, turbulences dans le vide. Bizarrement nous voilà une fois encore bien plus attiré par la marge, l'orphelin, le contristé, la ruine.
Aux grandes artères vitaminées de franchises type Zara on préfèrera le lacis des voies de l'ancienne médina, homothétie nord africaine des calli de Venise, à la consommation symbolique de marques, celle des psychotropes bricolés.
Dans le genre catalogue des drogues, les premières pages du Festin Nu restent, de mémoire, l'énoncé le plus détaillé de la pharmacologie des amateurs de fuites. Laissons Burroughs à son éternité chimique et recentrons nous sur l'objectif, Casablanca, les mômes, la rue, la came.
On s'approche. N'entends pas les voix? Ne vois tu pas les ombres?
Des enfants dans la nuit. Déchirés à un cocktail shit colle alcool, engoudronnés sur l'asphalt, tout juste bons à borborygmer des bribes de balbutiements narcotiques. Un groupe de cinq, mioches allongés là entrelaçés dans leur songes, bercés par les douceurs de la colle.


Le divin quatuor new yorkais : The Ramones, dans leur période, "Now I wanna snif some glue"


L'un des gosses, le nez encore collé dans un sac en plastique, se colore les poumons de colophane, deux yeux morts perçant l'abîme injecté de sang, il a quoi? Six ans?


La colle c'est cool, ça tient chaud et sa pose son homme. Rien a voir avec les "bola hamra", les pillules rouges, à Khourigba, Morocco, y'a un type qui s'en est collé une sur trois quatre verre d'alcool à 90° mélangé avec de l'eau, il a descendu la rue, couteau à la main, poignardé un couple et... égorgé un cheval ! Le truc qui te javelise le citron en pas de temps ! Mais ça tourne bien aussi. Big up aux filières algériennes, qui font un taf considérable, et aux revendeurs de quartiers populaires genre Sidi Moumen qui exposent leur came au grand jour dans les allées des bidonvilles.

Mais qu'est ce qu'ils ont pris au département photo du Casablancasylum? C'est pas du tout le sujet les enfants !


La bola hamra,également identifiable sous les appellations "karkoubi", "habba", "fanid" ou "ghabra" "Al-Aoud Labiad" (le cheval blanc), c'est du lourd, comprimé rouge lâché entre 5 et 25 DH. Le best seller, on vous l'a déjà dit c'est la « bola hamra » (rivotril). Viennent après l'Artane (aoud lebiad) un antiparkinsonien, l'Hypnosedon (ibn zaïdoun), le très français Lexomil et l'Ortenal. Ainsi qu'un nouveau venu dans le marché : « katila » (la cartouche de la mort), 10 DH pour un mélange de maâjoune et d'haldol, puissant anxiolytique.

Des coups à finir chez nous, emmaillotté en camisole... enfin on peut toujours se déculpabiliser en se rappelant au souvenir d'un autre grand interne, Artaud qui d'autre !?




(Entre 2500 et 3000 enfants vivent dans les rues de Casablanca. Un chiffre qui semble en deçà de la réalité et qu'il faudrait réviser à la hausse.)

mercredi, avril 25, 2007

SINKING INTO OBLIVION


C'est l'abattement général, la grande déconfiture dans nos murs lézardés.
- "Quoi? De quels maux souffres-tu auteur?" s'enquiert le lectorat? "Seraient-ce les élections françaises qui te turlupinent le citron?"
- "Pas du tout lecteur invisible, je te laisse le soin de surveiller cette volière et tous les cacatoès qui s'y pressent! Sache que le court-bouillon de neurones essouflées qui préside en ces lieux est un pur concentré d'apolitisme, un irresponsable en puissance qui se rit des gesticulations et autres harranges à caractère électoral, carabistouilles que tout ça. Non ce n'est pas cela, c'est bien plutôt la finalité de toute cette entreprise bloguesque qui nous scepticise la conscience et réveille notre aquoibonnisme naturel. Des éclairs de lucidité nous transpercent la cervelle, des flashs comme des coups de fouets, et l'étrange sentiment d'être tombé aussi bas que les street-preachers qui hurlent sur les trottoirs new-yorkais"
- "Mais regarde je suis là moi, regarde, ta conscience s'est démultipliée comme un miroir brisé, tu t'es fais schizophrène, multiple personnality disorders, pour devenir ton propre spectateur, le témoin de ta chute à venir."
- "Peut-être es-tu dans le vrai... dans ce cas pourrais tu me dire où tu la vois toi cette chute à venir? Quels décors pour la fin du voyage?"
- " Ah mais sans hésiter : la Baie de Nouadhibou !"
- " Parce que je te connais auteur, et je n'ignore pas ta fascination pour le titre de ce poême de Paul Valery, Le Cimetière Marin"
- " Umh ...

"Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair."

- "Qu'est ce que je te disais ! Mais ne monte pas sur ton grand Verbe, laisse moi d'abord te dire Nouadhibou...

Location : Mauritania
Lattitude : N20 55.052
Longitude : W17 02.900
Altitude : 0

Là, aux portes de ton afrique fantôme, la suprême élégance des pays oubliés, espaces magnifiés, plus fantômatiques que jamais.


Trois cents épaves ensommeillées, coulées vives, là, lovées dans les longueurs du littoral.


"O poulpe au regard de soie ! toi, dont l'âme est inséparable de la mienne ; toi le plus beau des habitants du globe terrestre, et qui commande à un sérail de Quatre cents ventouses... pourquoi n'es-tu pas avec moi, ton ventre de mercure contre ma poitrine d'aluminium, assis tous les deux sur quelque rocher du rivage, pour contempler ce spectacle que j'adore..."

Lautréamont, prélude au Vieil Océan des Chants de Maldoror


On raconte que certaines épaves sont squattées, improvisées abris de fortune par quelque fondateurs d'asiles, et vas savoir pourquoi ma cervelle me renvoie aux squelettes d'oiseaux nains qu'évoque Saint John Perse, je ne sais trop où...


Adieu donc confesseurs de souffles, scruteurs de basses marées, RIP.

mardi, avril 17, 2007

GIVE THE DOG A BONE



"Un peu plus, un peu moins, tout homme est suspendu aux récits, aux romans, qui lui révèlent la vérité multiple de la vie. Seuls ces récits, lus parfois dans les transes, le situent devant le destin. Nous devons donc chercher passionnément ce que peuvent être des récits - comment orienter l'effort par lequel le roman se renouvelle, ou mieux se perpétue." Georges Bataille, Le Bleu du Ciel


Jour après jour, maintenant, nous évoquons les cataclysmes, passés, présents et à venir. XXème siècle de la boucherie programmée, XXIème de l'explosion aléatoire et répression réclamée.
On n'oubliera donc d'écouter Sartre (« Bataille n'est pas un penseur, ni même un écrivain, c'est un fou ») et replongerons avec nos frères lecteurs dans Le Bleu du Ciel, roman du non-sens et de l'effondrement généralisé où l'on retrouve l'anti-héro de Bataille surmontant pages après pages une sorte d'invitation permanente à la décomposition.
Tout est noir, donc, mais dans l'expérience intérieure poursuivi e par cet aventurier buté, la nuit s'éclaire comme en plein midi. La débauche négative et sale avec Dirty tout comme l'agitation insurectionnelle avec Lazare ouvrent chaque fois sur un rire navré mais cependant triomphant.
Car Bataille a tout vu, dès 1935, il comprend la suite, dans les bars, les chambres d'hôtel, la nudité des corps : tout le monde est d'accord, au fond, pour interdire la jouissance, et réclamer, sans le dire "la marée montante du meurtre". La mort est l'ersazt de la jouissance sexuelle quand celle ci est bloquée de tout les côtés.
Et nous ici on en fait les frais depuis bientôt un mois.

mercredi, mars 21, 2007

SCENES DE LA VIE ORDINAIRE


« Je quitte l’Europe. L’air marin brûlera mes poumons ; les climats perdus me tanneront. Nager, broyer l’herbe, chasser, fumer surtout ; boire des liqueurs fortes comme du métal bouillant, comme faisaient ces chers ancêtres au coins des feux. Je reviendrais avec des membres de fer, la peau sombre, l’œil furieux : sur mon masque on me jugera d’une race forte. J’aurais de l’or : je serais oisif et brutal »
Rimbaud.

Essayons de coller un peu plus à notre base-line... à savoir, La Matrice schizo-morocco

dans laquelle on se fond, corps étranger en cours de phagocytose.
On vous l'a déjà sous-entendu à maintes reprises, nous en France on s'ennuyait ferme, alors on va pas la jouer Dantec et pourrir Zéropaland, mais quand même, la prévisibilité de cet environnement tourné grande mécanique à la chronométrie impécablement routinière, ça nous sclérosait le citron, quelques mois de plus au Fol Nord et on aurait fait les choux gras d'un pigiste rubrique Faits Divers, défenestration tragique avenue de Saint-Ouen, un jeune cadre retrouvé mort dans un parterre de bégonias...
Ici aucun risque car chaque jour apporte son lot d'imprévu.


Prenons le cas des transports par exemple.


En la matière le Maroc reste un modèle d'inventivité et de système D à ce jour encore inégalé


Mais toujours dans le respect des normes de sécurité en vigueur, ça va sans dire...


Et je ne parle même pas de l'approche des fêtes...


C'est vous dire comme on attend le prochain Ramadan.

dimanche, décembre 31, 2006

DIVINES MODULATIONS



«Nuit, tes étoiles sont témoins de mes tourments, ô nuit ! Elles ont entendu mes plaintes et mes larmes, ô nuit ! Que de fois je t'ai confié mes insomnies. Que de fois je t'ai suppliée et que de souffrances j'ai endurées !»


Au risque de larguer une fois encore en pleine mer notre lectorat occidental on vous entretiendra ce soir d'un phénomène à côté duquel le culte voué au King Presley n'est que poussière : le phénomène Oum Kalsoum, vieille passion du Casablancasylum dont les couloirs froids s'embrasent parfois sous les modulations hypnotisantes de la diva du Caire.

1967, Oum Kalsoum chante à l'Olympia, à Paris. C'est unique. Le patron, Bruno Coquatrix, incrédule et peu informé, l'a programmée dans un creux, un lundi. C'est l'émeute. Ils sont venus de partout, de Boulogne-Billancourt, de Belgique, d'Allemagne, de Suède en charters, en bus, en voiures. C'est complet. Un richissime prince arabe braque la caissière, muni à la fois d'une arme et d'une grosse liasse de dollars. Alerté, Coquatrix offre au fan enflammé un tabouret dans une allée. Et Oum chante, pour l'unité arabe, pour l'Egypte fraîchement mise à mal par la guerre de six jours contre Israël. Dans la salle, il y a des juifs, raconte alors Coquatrix. Ennuyé par le militantisme de la dame aux lunettes noires, il s'enquiert de l'état psycho-politique d'un de ses amis, qui lui répond : « Ce n'est rien, c'est Oum, c'est tout. »



Née vers 1904 à Tmaïe al-Zahayira, un village situé dans le delta du Nil, Kalsoum, fille d'un imam de mosquée, a naturellement débuté par des chants religieux. Son patronyme circule vite dans la région et tout le monde parle d'un androgyne (son père tenait à ce qu'elle s'habille en garçon bédouin) à cordes vocales uniques. En visite à Tmaïe, Cheikh Abu al-'Alla, spécialiste de la déclamation du maqam, l'entend, tombe en extase et lui suggère, ainsi qu'à sa famille de s'installer au Caire, marchepied indispensable pour accéder à une notoriété à la hauteur de son talent.


Chanteuse de l'émotion pure, lunettes noires et foulard en main, « Sett », « la Dame », la « Mère des Arabes » déclenchait cris d'amour, déchirements profonds et exaltations épidermiques pendant ses concerts, qu'elle donna à partir de 1934 tous les premiers jeudis du mois au Caire, alors, à ce moment précis, toutes les rues du monde arabe, de Beyrouth à Tanger se vident, certaines réunions ministérielles sont même écourtées pour écouter le dernier récitale de la diva.
Partout, de Rabat à Bagdad, on collait l'oreille au transistor. Les plus mélomanes gravaient le concert sur des galettes de cire pendant la diffusion. Dans le centre-ville du Caire, le petit peuple de la rue et les groupes d'intellectuels se pressaient sans distinction de classe dans les cafés.

Portée par l'essor de la radio (elle inaugura La Voix du Caire en 1939), puis du transistor, sa voix s'insinuera jusqu'au plus profond des campagnes et des bidonvilles. Oum Kalsoum porte-drapeau d'un style identifié comme proche-oriental, avec ses ouds (les luths) et ses derboukas mariés aux contrebasses et aux violons, avec des arrangements à l'occidentale, mais en volutes et en vers répétés en boucle, mais jamais à l'identique, comme dans ce morceau où elle répète "demandez aux verres de veins s'ils n'ont jamais touché ses lèvres" jusqu'à l'ivresse.


Car Kalsoum c'est la musique du buveur vous dira l'homme de la rue, et nombreuses ont été les fois où ici au Maroc onn se l'es entendu dire :"Ah oui c'est la musique des fumeurs, une musique pour drogués alcooliques solitaires". La musique qu'on peut encore entendre dans les bars enfummées du vieux centre ville de Casablanca, musique de perdition, musique des grandes mélancolies, musique éther bleu velouté.


« Rends-moi ma liberté, dénoue mes mains/Je t'ai tout donné et n'ai rien gardé pour moi/Mes poings saignent encore à cause des liens que tu m'as fait porter/Pourquoi les garderais-je encore alors que tu m'as tout enlevé ?/Pourquoi resterais-je captive alors que le monde s'ouvre à moi ? » : ces vers d' Al Atlal donnent la mesure de la complexité et de la richesse de cette femme très politique (l'a jamais vu porté le voile?) : émancipée dans une société en mutation.

Elle sera l'amie du roi Fouad, puis de son successeur, en 1936, le roi Farouk. Elle sera la servante du panarabisme de Gamal Abdel Nasser après la révolution de 1952. Elle chantera la nationalisation du canal de Suez, la réforme agraire, le barrage d'Assouan, la gloire de la révolution irakienne de 1958 et celle d'Anouar El-Sadate et continuera de fasciner le foules arabes (on voyait à ses concerts, des hommes se jeter littéralement à ses pieds ou rentrer dans des transes insoupçonnées).

Son décès le 21 Janvier 1973 provoque de tels mouvements de foule que les autorités décident de reporter les obsèques de deux jours afin de permettre aux endeuillés du monde entier de rejoindre le Caire. Et, le jour de l'enterrement, des millions d'égyptiens en pleurs arrachent le cercueil du cortège officiel pour le porter pendant plus de trois heures à travers les rues du Caire, marquant des arrêts dans les lieux qu'elle avait particulièrement aimé.

Et nous on vous laisse avec ...


LE GRAND INCENDIE













Casablanca brûle de mille feux et nous au Casablancasylum on adore cette ambiance, mais comment vous la décrire. Imaginez une mégapole en flamme, à tous les coins de rue se dressent des bûchers aléatoires, des braseros de fortunes fumants comme une armée de dragons. Autour les enfants s'agitent dansent et rient au milieu des crépitements.



Ah... l'odeur du sang, les cris des bêtes affolées et cette atmosphère de crématoire à ciel ouvert finiront bien par achever notre processus de décivilisation totale ici à la rédaction de Casablancasylum.



Les enfants dansent donc, attisant les braises sur lesquelles les têtes de moutons se carbonisent. Odeurs de cornes calcinées, fumées épaisses, charbon brûlé, et partout des cris des esclaffades, ici deux malems (artisans) égorgeurs armées de longs couteux vermeils, la chemise maculée de sang, traversent le boulevard dans leurs grandes bottes en caoutchouc, là un hommes avance, une tête de mouton tranchée et perdant son sang dans chaque mains, il s'en va l'apporter aux gamins du coin qui la lui rendront noire de suie.



Sur un autre boulevard, les agneaux sont pendus aux arbres dans l'attente d'être dépecés, et des femmes s'activent autour de grandes bassines où baignent les abats. Une fois ceux-ci nettoyés on verra bientôt des enfants s'amuser en soufflant dans les poumons pour les voir gonfler comme dans des ballons de chair rose élastique.

Pour le dépeçage du mouton chacun sa technique. Une fois le ruminant égorgé, les arabes l'accrochent en l'air par les pattes et lui font glisser la peau en la martelant du manche du couteau. Les berbères laissent le corps à terre. Dans un premier temps ils vont le battre copieusement avec de gros bâtons, puis l’un d’entre eux s’en revient muni d’une longue sarbacane en métal qu’il plonge dans la laine et sous la peau. A mesure que le berbère souffle dans son tube, l’animal semble revenir à la vie, il gonfle comme une grenouille, va presque jusqu’à doubler de volume et on s’attendrait presque à le voir se redresser sur ses quatre pattes.

vendredi, décembre 29, 2006

CHRONIQUE DE L'AID EL KEBIR - V.1.0



Six millions. Six millions de montons seront sacrifiés dimanche matin à travers tout le Maroc. (nos lecteurs corrigerons peut-être le chiffre mais nous ne le croyons pas trop éloigné de la réalité).
Aujourdhui vendredi jour de prière collective, la rue commence déjà à se transformer, preuve en est l'apparition de ces stands improvisés d'aiguisage de lames.

mardi, décembre 26, 2006

MORSURES DE L'AME





















Ce bled laisse crever ses artistes comme il laisse crever ses enfants et Mohamed Rouicha en sait quelquechose, lui qui vient de ce pays dans le pays, ce pays oublié, pays de montagnes : le pays berbère, des sommets du Rif aux contreforts de l'Anti-Atlas.
Evidemment au Casablancasylum on tient à notre peau, et même s'il est vrai qu'il serait tentant de balancer un peu sur, par exemple, la diaspora des habitants de la ville de Fès, les fassis, unanimement haïs à travers tout le pays car se réservant toutes (ou presque) les richesses du pays et contrôlant plus ou moins tous les postes clés et à fort pouvoir ajouté. Mais là n'est pas notre propos.
Mohamed Rouicha a le visage abimé et rongé comme le calcaire de ses montagnes par les pluies de janvier. Evidemment toi mon lecteur oxydé d'occident, tu n'en a jamais entendu parlé. Ne va pas en nourrir quelque complexe pour autant, frère de l'autre rive, car même ici on lui préférera les chanteurs pâteux comme du tabac à narguillé venus d'Egypte ou du Moyen Orient. Oui, chez Casablancasylum on a pas peur de l'affirmer : la musique arabe moderne c'est de la merde. Ouh je vois déjà la foule de mes lecteurs marocains y aller de leurs protestations effarouchées. Mais je vous attends mes chéris, et me dites pas qu'on a vu beaucoup de productions originales sortir du monde arabe ces derniers temps...

Wafah Dufour (nièce de Ben Laden) parfait exemple de la bimbo orientale

Pensez Fairuz, pensez à la "quatrième pyramide" Oum Kalsoum ou encore AbdelWahab, mais par pitié épargnez-nous ces niaiseries moyen-orientales saturées en "habibi habibi" et autres tubes sirupeux pleurnichés par dieu sait quelle libanaise siliconnée, botoxisée, tout juste bonne à remuer son cul dans les velours chatoyants d'un clip kitch et suranné.
Ce bled laisse donc crever ses rares artistes de qualité et préfère laisser aux occidentaux le soin de leur piller leur meilleurs thèmes. Car c'est bien de pillage qu'il s'agit quand un compositeur comme Michael Danna (qui signe la BO de l'excellent 8mm) reprend à son compte les morceaux de Mohamed Rouichi sans même le mentionner.
Hommage donc à Rouichi, à sa musique peuplée de fantômes et de chimères, hommage à ce soliste hors pair échafaudant les mélodies tortueuses de son ouatar (grand luth à quatre cordes) sur les modulations sur-aigües des femmes choristes et les vertiges syncopés des bendirs

bourdonnants.

samedi, décembre 16, 2006

BIENVENUE DANS LE GRAND DONJON MAROCAIN























L'ADFM (Association Démocratique des Femmes du Maroc) dans une récente étude nous présente quelques stats qui laisseront rêveur les amateur de bondage et autres pratique à dominante SM :

40,8% des femmes rurales estiment qu'il est justifié que leur mari les battent quand elle brûle le repas.
72% de ces mêmes femmes rurales estiment logique de se prendre une bonne raclée si elles sont sorties sans l'accord de leur mâle.
Et accrochez vous bien : 61,9% prêtent leur flanc à la "falaqa" (fessée) quand elles refusent de faire l'amour.

Mais rassurez vous, en milieu urbain elles ne sont "que" 37% à trouver normal d'être sanctionnées si elles osent remettre en question les paroles de leur surmâle.

mercredi, décembre 13, 2006

PRINCIPE D'AUSTERITE





















Dans l'état de barbarie auquel l'integrisme a réduit l'Islam, le sexe occupe une place exorbitante. machine à détecter la libido partout, masquant chevilles, cheveux et regards pour mieux légitimer le viol des réfractaires, scandant aux futurs martyrs les orgasmes indéfiniment renouvelables du paradis d'Allah, l'islamisme témoigne chaque jour d'une hantise singulière. S'il clame sa haine du sexe c'est pour mieux en dévoiler l'obsession. "les femmes du paradis t'attendent, elles t'appellent, vêtues de leurs plus beaux atours : viens ici ami de Dieu!" tels sont les mots vertigineux dont s'enivrent le kamikaze de base. Ce "hep, chéri!" des geishas célestes serait donc l'ultime moteur du Djihad?
Pornographie funèbre sidérante si l'on veut bien se souvenir de l'Eros chatoyant dont les soupirs inspirent toute la civilisation islamique. Comment en est-on venu de l'élégie orgiaque qui fonde les mille et une nuits au racolage mortuaire des fanatiques d'aujourd'hui? Et comment l'enchantement des corps a-t-il pu déboucher sur les sourates de leur dissolution?
C'est l'histoire d'une furieuse bataille entre le sexe et le sacré, l'alcôve et la mosquée. Entre la sensualité qui flambe et la juridiction affolée qui veut éteindre l'incendie. Car si les arabes ont quatre ving dix neuf noms pour désigner Allah, ils en ont cent pour nommer l'amour. Infime mais indubitable supériorité numérique. Cela va de l'amour-frénésie "qui se creuse comme un précipice", à la jouissance sidération, toujours une étincelle de peau défiera le mufti, du IX au XXIe sicèle, de l'Arabie à la Perse, de l'inepte fatwa talibanne au raï ondulant des filles de l'Oranie d'aujourd'hui.


Revenons aux Milles et une Nuits. Extrait :
"La porte du palais s'ouvrit et en sortirent vingt esclaves femmes et vingt esclaves hommes ; et la femme du roi était au milieu d'eux qui se promenait dans toute son éclatante beauté. Arrivés à un bassin, ils se dévêtirent tous et se mêlèrent entre eux. Et soudain la femme du roi s'écria : "O Massaoud, Ya Massaoud!" Et aussitôt accourut vers elle un solide nègre qui l'accola. Alors le nègre la renversa sur le dos et la chargea. A ce signal, tous les autes esclaves firent de même avec les femmes. Et tous continuèrent longtemps ainsi et ne mirent fin à leurs baiser, accolades, copulations et autres choses semblables jusqu'avec l'approche du jour..."


Il y a quelques années Les Milles et une Nuits, texte érotico-prophétique a été interdit en Egypte afin pour le gouvernement de s'assurer les bonnes grâces des islamistes. Cette censure n'est pas un hasard. Le texte, maudit par les mosquée contient tous les ingrédients de la révolte du principe de la vie contre le principe de mort en terre d'Islam.